Comment bien choisir son bijou de piercing ? L’importance de la qualité des bijoux.
- Sélina Bodyart

- 30 oct. 2025
- 7 min de lecture
Quand on pense « piercing », on imagine souvent le bijou, le style, l’effet visuel. Mais derrière cet accessoire, il y a un dispositif inséré dans le corps (peau, cartilage) et la qualité du bijou est primordiale. Voici pourquoi tout le monde, même pour un simple lobe d’oreille, devrait porter une attention particulière à la provenance, au matériau et à la conception du bijou.
On pourrait croire que tous les bijoux vendus en Europe sont forcément « sûrs », mais en réalité, il n’existe pas de véritable norme spécifique pour les bijoux de piercing.
Les lois européennes imposent seulement certaines limites sur le nickel et d’autres métaux lourds – mais cela concerne tous les bijoux (bagues, colliers, boucles d’oreilles fantaisie, etc.), pas uniquement ceux qui traversent la peau. De plus ces normes portent principalement sur le nickel et le relargage métallique — elles ne garantissent pas tout (alliage complet, finitions, filetage, conception atraumatique). Autrement dit : un bijou peut être parfaitement « légal » à la vente, tout en étant inadapté, poreux ou irritant lorsqu’il est placé dans le corps.
C’est, entre-autre, pour combler cette faille que l’Association of Professional Piercers (APP) a établi des standards beaucoup plus exigeants :
utiliser des matériaux de grade implantable (biocompatible) ;
garantir que la surface du bijou est parfaitement lisse et polie ;
éviter les pas de vis externes et les systèmes de fermoirs qui abîment la peau ;
proposer des bijoux stérilisables et adaptés à rester en contact dans le corps humain sur une longue durée.
Bonne adaptation anatomique : diamètre/tige/longueur ajustés à la morphologie de la zone percée.
Ces standards ne sont pas obligatoires par la loi, mais ils sont aujourd’hui la seule véritable référence pour des bijoux réellement sûrs et confortables à long terme.
L’APP tend aussi à sensibiliser les professionnels et les clients à choisir en connaissance de cause et quand vous choisissez un.e body piercer qui est membre de l’association, vous avez la garantie que les bijoux sont sûrs, car ils sont aux standards imposés par l’APP.
Pourquoi privilégier un labret / filetage interne et éviter les filetages externes ?
Il existe différents type de systèmes de fixations concernant les bijoux de piercings, et on en repère trois principaux :
Pas de vis externe (le filetage est à l’extérieur de la tige) : lors de l’insertion dans le corps, le filetage frotte sur la muqueuse et provoque des microlésions, des micros-traumatismes. Le piercing (le canal / le trou dans la peau), est donc blessé à chaque fois que l’on enlève ou remet ce type de bijou.
Pas de vis interne / threadless : la tige est lisse, et le mécanisme de fixation est à l’intérieur de la tige. Le bijou ne vient donc pas abîmer le canal / le piercing.
Sans pas de vis / threadless : la tige est lisse, et le bijou (le top/ le dessus) tient par pression dans la tige. Le bijou ne vient donc pas abîmer le canal / le piercing.

Focus sur quelques matériaux / type de bijoux :
Les bijoux avec un papillon arrière : C’est un type de bijou que l’on retrouve très régulièrement sur le marché. Ils utilisent un système de tige fine et papillon arrière. La tige est souvent très fine, et le poids de l’avant peut être plus lourd, ce qui crée alors une fissure dan la peau (lobe qui s’élargit, peau irritée, ou bijou qui est à deux doigts de tomber car le trou tire de plus en plus vers le bas, et est devenu une fente). Quant au système de fermeture, un papillon arrière qui s’encrasse, est difficile à nettoyer, devient un piège à sécrétions et bactéries. Sans parler des matériaux : pour ce type de bijou, ce sont des matériaux bas de gamme qui sont utilisés, contenant souvent du nickel en dose plus ou moins élevée.
L’argent (argent 925) : aussi appelé argent sterling, est un métal composé de 92,5 % d’argent pur et de 7,5 % d’autres métaux, souvent du cuivre. C’est un matériau courant en bijouterie, mais il n’est pas adapté au piercing car il s’oxyde au contact de l’humidité, de la transpiration ou des fluides corporels, formant une couche noire appelée sulfure d’argent.
Cette oxydation est irritante pour la peau, surtout à l’intérieur d’un canal de piercing.
De plus, l’argent n’est pas stérilisable en autoclave sans risque de décoloration, et sa surface poreuse peut retenir bactéries et sécrétions.
L’acier “chirurgical” : Ce terme est souvent trompeur car il laisse croire qu’il s’agit d’un métal utilisé en milieu médical et donc sécuritaire, alors que ce n’est pas le cas.
En réalité, la plupart des “aciers chirurgicaux” du commerce sont de simples aciers inoxydables (inox), de qualité très variable, qui peuvent contenir du nickel ou d’autres éléments irritants.
Seuls les aciers spécifiquement testés et certifiés selon la norme ASTM F138 ou ISO 5832-1 sont considérés comme biocompatibles et donc acceptés par l’APP. Tout le reste n’a de “chirurgical” que le nom.
Les bijoux en plastique / bioflex / teflon/ acrylique : la surface est souvent poreuse, rayable, sensible aux micro-éraflures. Cela retient sébum, poussières, bactéries, et devient un nid à bactéries. Le plastique ne permet souvent pas une stérilisation correcte, ou se dégrade dans le temps (échanges de couleur, rayures, fissures, devient jaune,...).

Mais alors, quel type de bijou privilégier ?
Au niveau de la forme du bijou et de son façonnage : un labret avec un disque plat arrière, un polissage miroir, et un système de filetage interne (internally threaded) ou sans filetage (threadless), est la meilleure option. Selon l’emplacement du piercing, une autre forme de bijou sera potentiellement plus adaptée qu’un labret bien-sûr : par exemple les barbells pour les piercings de tétons, les bananes (curved barbells) pour les nombrils/rook/anti-tragus,...
Il faudra que la longueur soit correctement adaptée (ni trop long ni trop court), et d’un matériaux qui est approuvé biocompatible, comme indiqué sur le site de l’APP : Or 14 ou 18 carat (Sans nickel), Titane (Grade ASTM-F136), Niobium, Acier (Grade ASTM-F138), Verre.
Le titane ASTM F136 (souvent appelé titane implant-grade) est le matériau de référence pour les bijoux de piercing professionnels. C’est un alliage de titane spécialement formulé pour un usage médical : le même type de métal utilisé pour fabriquer des implants chirurgicaux comme les vis d’os, les prothèses ou les plaques de reconstruction.
La mention ASTM F136 fait référence à une norme internationale américaine définie par l’American Society for Testing and Materials (ASTM). Cette norme garantit que le métal respecte des critères très stricts de pureté, de résistance mécanique et de biocompatibilité.
Il réunit trois critères importants :
1- Biocompatible : il ne relargue pas de métaux lourds, ne rouille pas et ne provoque pas d’allergies.
2- Léger et solide : environ 40 % plus léger que l’acier, mais tout aussi résistant.
3- Stérilisable : il supporte la chaleur, la pression et l’humidité de l’autoclave sans se dégrader.
C’est aujourd’hui le matériau le plus recommandé pour les piercings neufs et celui exigé par l’Association of Professional Piercers (APP) pour un usage professionnel.

Photos : labrets en titane astm-f136 en système threadless (sans pas de vis), avec un polissage miroir.

Pourquoi certaines personnes ne rencontrent aucun problème avec des bijoux inadaptés :
On a tous.tes déjà entendu : “Moi, je mets n’importe quoi et je n’ai jamais eu de problème.”
Et c’est vrai : certaines personnes peuvent porter des bijoux de qualité médiocre pendant des années sans inflammation visible. Mais cela ne veut pas dire que ces bijoux sont sans risque — simplement que leur corps a bien toléré la situation jusqu’à présent.
Certaines personnes ont une peau très réactive, d’autres non. Un peu comme avec les allergies : tout le monde ne réagit pas à la même chose, ni avec la même intensité.
Ce n’est pas parce qu’un bijou “ne fait rien” sur quelqu’un qu’il est sain pour autant. Il peut quand même créer des micro-irritations internes invisibles, qui passent inaperçues mais affaiblissent le tissu sur le long terme.
Le canal interne d’un piercing est un petit tunnel de peau très fin. Il peut se fragiliser, se déformer ou accumuler des micro-cicatrices sans qu’on le voit de l’extérieur. C’est seulement plus tard, lors d’un changement de bijou ou d’une infection, que ces faiblesses se révèlent.
Un matériau bas de gamme peut être mal poli, poreux ou non biocompatible, et pourtant ne provoquer aucune réaction immédiate. Mais au fil du temps, il peut retenir plus de saletés,
favoriser de légères inflammations chroniques, ou rendre le canal plus sensible aux futures manipulations.
N’oublions pas le facteur chance ! Un piercing mal placé ou fait avec un bijou de mauvaise qualité peut, par pur hasard, cicatriser correctement. Mais c’est souvent un équilibre fragile : au moindre choc, changement de bijou, ou baisse d’immunité, les problèmes apparaissent (gonflement, irritation, douleur, perte de symétrie…).
On peut alors se retrouver face à des personnes qui viennent au studio en disant “je ne comprends pas, ça fait 5ans que je porte ce bijou sans aucun problème”, sauf qu’à un moment, le corps en a eu assez du contact avec ce bijou irritant en permanence, donc il réagi fini par réagir.
Et puis n’oublions pas qu'aucun problème” ne veut pas dire “bon résultat” !
Souvent, les personnes qui n’ont “jamais eu de souci” portent des bijoux ternis, ou oxydés , parfois des lobes élargis ou déformés, ou simplement se sont habituées à un inconfort qu’elles trouvent “normal”. En réalité, elles ont juste appris à vivre avec.


Ce qu’il faut retenir :
Un bijou, ce n’est pas qu’un accessoire : c’est un élément implanté dans le corps.
Il est donc important de choisir des matériaux de qualité. Les normes européennes existent (nickel/REACH), mais ce n’est pas suffisant : il faut aller plus loin avec des standards professionnels (APP).
Considérons nos lobes d’oreille comme un piercing à part entière : un trou/une plaie dans le corps. Un piercing dans le lobe mérite un bijou tout aussi qualitatif que dans une zone cartilagineuse ou une autre partie du corps. Cela permet d’éviter des problèmes d’irritations chroniques ou de déchirure.
Besoin d’aide ?
N’hésite pas à me contacter et fixer un rendez-vous si tu souhaites un avis professionnel sur l’un de tes piercings ! Je vérifierais la matière, les finitions, la longueur/ le diamètre du bijou, mais aussi vérifier le perçage, l’angle de perçage, et les soins que tu as réalisés.
J’espère que cet article t’aura permis d’y voir plus clair, et de pouvoir mieux t’orienter !
à bientôt,
Sélina.



Commentaires